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Les techniques d’adaptation des
lentilles de contact pour les kératocônes
Introduction :
La correction visuelle du patient
porteur d’un kératocône est dominée par le port de lentilles de
contact lors des trois premiers stades de l’affection.
Les lentilles rigides permettent
d’imposer une forme réfractive régulière à la cornée déformée des
patients porteurs d’un kératocône. Le plus souvent, elles permettent
une amélioration significative de l’acuité visuelle du patient par
correction du fort astigmatisme irrégulier, non-corrigeable par des
lunettes, qu’ils présentent. En revanche, les lentilles n’ont pas
d’effets sur l’évolution naturelle du kératocône.
Une grande diversité de lentilles
spécialement conçues pour les kératocônes permet d’équiper
pratiquement toutes les formes minimes et modérées de l’affection.
L’adaptation présente cependant des limites pour les formes plus
évoluées et les patients intolérants aux lentilles.
Techniques d’adaptation des
lentilles rigides
Examens nécessaires à l’adaptation :
L’acuité visuelle du patient
guide le moment de l’adaptation. En effet lorsque la correction avec
ses lunettes n’est plus satisfaisante nous lui recommandons le port
de lentilles. L’utilisation d’un trou sténopéique permet de
connaître le gain potentiel maximum d’acuité visuelle qu’il est
possible d’obtenir avec des lentilles (écran opaque placé devant
l’œil et percé d’un petit trou gommant les anomalies optiques
lorsque l’on regarde à travers).
Les mesures kératométriques (courbure
de la cornée) obtenues par le kératomètre automatique sont très
fiables et utiles pour le choix du rayon de la lentille d’essai,
mais elles vont permettrent avant tout de connaître, en fonction de
la kératométrie moyenne obtenue, le stade évolutif kératométrique du
kératocône.

La vidéotopographie (Orbscan ou
autre topographe) est un examen fondamental chez un patient porteur
d’un kératocône. Il s’agit d’un relevé topographique des reliefs de
la cornée. Elle est particulièrement utile pour bien visualiser le
sommet du cône, sa position par rapport à l’axe optique et
l’amplitude de ses pentes d’aplatissement.
Ces examens auront permis d’évaluer : le
stade du kératocône, le siège de son sommet et ses limites. Ils vont
servir pour orienter vers le choix d’une lentille d’essai.
Le choix de la lentille :
Il est directement lié au stade évolutif
de la maladie et au bombement cornéen mesuré.
Dans les kératocônes débutants la
géométrie de la lentille est standardisée de type sphéro-asphérique.
Dans le cas d’un kératocône à aplatissement rapide on utilise des
lentilles sphéro-asphériques à fort dégagement. Le diamètre utilisé
en général est de 9,60 mm.
Dans les kératocônes modérés, les
lentilles sphéro-asphériques ne peuvent plus convenir, car elles
s’alignent de façon trop importante sur la périphérie cornéenne et
vont entraîner un appui péjoratif sur le sommet du cône. Les
lentilles sphériques de type tri-courbes permettent de répartir les
zones d’appui en évitant une pression excessive sur l’apex. Leur
diamètre sera choisi en fonction de l’importance du décentrement du
cône visible en élévation postérieure (Orbscan). Le diamètre utilisé
est en général de 8,50 à 9 mm et dans les formes les plus décentrés
on optera pour un diamètre > 9,30 mm. Cependant, lorsque les pentes
du kératocône sont fortes, les dégagements périphériques peuvent
être insuffisant, et des géométries tri-courbes « spéciales
kératocône » permettront un meilleur passage des larmes en
périphérie. Une absence de dégagement assez large est source d’un
moindre confort et majore le risque d’un ventousage en fin de
journée (adhérence de la lentille sur la cornée).
Plus les kératocônes sont évolués plus le nombre de dégagements des lentilles sphériques
augmentent et plus ceux-ci s’aplatissent rapidement. Il devient
impossible d’équiper des formes évoluées ou sévères avec des
lentilles qui ne sont pas « spéciales kératocônes ». L’importance du
décentrement d’un kératocône conduit également à utiliser, à ces
stades évolués, des lentilles de plus grand diamètre pouvant
atteindre 11 mm.
L’équipement en lentille est possible
pour les trois premiers stades du kératocône, à partir du stade IV
une chirurgie sera proposée.
Calcul de la puissance de la lentille :
Le calcul de la puissance de la lentille
n’est calculé qu’une fois la forme de la lentille définitive
sélectionnée car les puissances sont liées aux géométries. Cette réfraction additionnelle à la lentille d’adaptation sera
réalisée selon la méthode du brouillard car l’accommodation
est importante chez ces patients.
Le suivi des porteurs de lentilles
L’équipement en lentilles d’un
kératocône permet l’amélioration notable de l’acuité visuelle mais
celle-ci nécessite un contrôle régulier afin d’assurer du confort du
patient, de contrôler l’évolutivité de la pathologie et afin
d’éviter les complications.
Le port de lentilles rigides est
progressif et régulier afin d’obtenir un confort satisfaisant. Un
premier contrôle, après un mois de port maximum, s’assurera que ce
confort est obtenu et que vision et adaptation sont satisfaisantes.
L’instillation de collyres mouillants en unidoses peut aider les
premières semaines à améliorer ce confort. Cependant, dans quelques
cas, l’inconfort persiste malgré une progression de port régulière
et une adaptation satisfaisante de la lentille. Le recours à
l’utilisation d’un « piggyback » permet d’obtenir un meilleur
confort sans compromettre l’acuité visuelle (superposition d’une
lentille rigide sur une lentille souple).
Le kératocône est une pathologie
évolutive, une réadaptation régulière est importante. L’augmentation
de l’ectasie cornéenne du kératocône (bombement) va conduire à une
modification de la géométrie de la lentille de façon à préserver le
sommet cornéen de l’apparition de cicatrices par pression excessive
et kératites répétées.
De plus, il existe des complications
liées à la mauvaise adaptation ou utilisation de la lentille :
-
Érosions cornéennes
du sommet, en cas de :
-
Éblouissement, dans
ce cas il faut augmenter le diamètre de la zone optique
-
Mauvais centrage :
il faut augmenter le diamètre total ou diminuer le rayon
-
Mauvais confort :il
faut vérifier les dégagements périphériques
-
Ventousage (la
lentille ne bouge pas)
Les limites de l’adaptation en
lentilles
- Il existe différentes situations
qui contre-indiquent l’équipement en lentille pour les
kératocônes de stade trop avancé :
L’utilisation de lentille atteint ses
limites dès l’apparition d’opacités à l’apex de la cornée.
Ces dernières ont pour origine des cicatrices au niveau de la
membrane de Bowman dues à un appui trop important de la lentille
(support de la couche cornéenne superficielle appelée épithélium).
La vision n’est plus améliorable à l’aide de moyens optiques et seul
le remplacement de la cornée centrale par une greffe permet d’y
remédier. Cette dernière n’est envisagée que si la qualité de vision
est très mauvaise et la meilleure acuité visuelle corrigée
inférieure à 3/10.
Le port de lentilles peut provoquer
des opacités plus superficielles (proud nebulae) pouvant faire
proposer une photoablation superficielle très limitée en profondeur.
Le laser excimer est ainsi utilisé en mode thérapeutique. Cf. site :
www.chirurgie-refractive-chu33.com
En cas de kératite centrale ponctuée
importante, une simple kératectomie mécanique permet l’élimination
des ces lésions (l’épithélium abîmé est débridé à l’aide d’une
spatule et repousse de meilleure qualité).
La survenue d’un hydrops cornéen n’est
pas lié au port de lentilles. Après récupération de la transparence
cornéenne, le patient pourra être rééquipé en lentilles sauf si la
rupture de la membrane de Descemet est localisée au niveau de l’axe
visuel. Auquel cas une kératoplastie transfixiante sera proposée.
L’intolérance du patient pour la
lentille constitue une autre limite :
Elle se traduit souvent par un inconfort
du patient qui peut ressentir des picotements, des sensations de
sécheresse ou d’irritations. Le système dit du « piggyback » peut
être tenté en dernier recours avant la chirurgie (AIC), pour
atténuer l’inconfort. Il consiste à placer une lentille souple entre
la cornée et la lentille rigide pour améliorer la tolérance.
L’intolérance du patient peut se
traduire aussi par la perte répétée de sa lentille due soit à un
kératocône trop évolué soit trop décentré. Ces situations entraînent
soit une instabilité de la lentille, soit des frottements répétés
des yeux, soit la perte fréquente de la lentille lors de
manipulations ou pendant les activités sportives.
Enfin, il peut s’agir d’une intolérance
non spécifique au kératocône mais plutôt liée aux risques classiques
du port des lentilles. Des complications palpébrales (ptosis),
lacrymales (instabilité progressive du film lacrymal diminuant le
confort), conjonctivales (conjonctivite papillaire géante,
kératoconjonctivite allergique), épithéliales cornéennes (érosion
d’origines mécanique, chimique, hypoxique ou immunologiques),
stromales cornéennes (infiltrat stérile, kératite bactérienne,
amibienne et fongique, serrage de la lentille), enfin les
complications endothéliales sont rares.
L’intolérance peut être aussi d’ordre
allergique en rapport avec les produits d’entretien, des réactions
d’allergies saisonnières, ou de l’eczéma des paupières. |