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Moyens
thérapeutiques
Les lunettes
C’est le premier
équipement optique proposé pour les formes débutantes dont
l’astigmatisme myopique n’est pas trop important, asymétrique et
irrégulier.
Les lentilles de
contact
C’est l’arme de choix
pour la majorité des patient atteints de kératocônes. L’adaptation
est cependant délicate voire impossible dans certains cas. Il vaut
mieux demander à voir un spécialiste de l’adaptation en lentilles
(contactologue) et si possible en lentilles pour kératocône.
L’avantage de la lentille de contact par
rapport aux lunettes est lié à l’interface qu’elle crée avec le film
lacrymal. Cette dernière permet de gommer une grande partie des
irrégularités de la cornée. Les lentilles rigides sont beaucoup plus
efficaces mais plus complexes à adapter. Parfois afin de stabiliser
la lentille sur le cône, il est utile de superposer une lentille
rigide par dessus une lentille souple (Système Piggyback). Une
rubrique dédiées à l’adaptation des lentilles est disponible sur ce
site. Lorsque la lentille n’est pas ou plus tolérée, il est licite
de proposer une alternative chirurgicale.
Pour information, le kératocône fait
partie des rares cas de prise en charge partielle du coût des
lentilles par la sécurité sociale (conformes au TIPS). Celle-ci est
de 39,35 euros par œil et par an. Les conditions de remboursement
des lentilles par les caisses complémentaires dépendent du contrat
que vous avez choisi.

Les
anneaux intra-cornéens
Les anneaux
intra-cornéens sont des petits segments d’anneau semi-circulaires
rigides en PMMA (plastique). Leur place dans la prise en charge
thérapeutique se situe entre l’échec de l’adaptation en lentille et
le recours à la greffe de cornée. Ils sont posés pour le kératocône
depuis 1997.
Introduits dans
l’épaisseur même de la cornée, les anneaux intra-cornéens ont pour
vocation de la renforcer. Bien positionnés, ils permettent de
retendre la cornée centrale. L’importance et l’irrégularité de
l’astigmatisme cornéen sont ainsi diminuées. Deux modèles sont
commercialisés : les INTACS (KeraVison, USA) et les anneaux de
Ferrara (Mediphacos, Brésil).

Une paire d’anneaux est
généralement placée en moyenne périphérie de la cornée. Le centre de
la cornée est donc totalement préservé. Leur épaisseur est environ
égale à la moitié de l’épaisseur cornéenne normale. Ils sont
introduits lors d’une courte intervention chirurgicale. Une petite
incision de 2 mm est réalisée au point d’entrée des anneaux puis
deux canaux sont disséqués au trois quarts de la profondeur de la
cornée avec soit un instrument mécanique calibré soit à l’aide du
laser femtoseconde.
., Les anneaux sont mis en
place très simplement dans les canaux préalablement disséqués.
L’intervention est par ailleurs considérée comme réversible.
La position des
anneaux est importante : posés trop profondément ils sont
d’introduction dangereuse, posés trop superficiellement ils sont peu
efficaces.
Le résultat est en
général bon si l’indication est bien posée. La prédictibilité est
cependant moyenne car chaque patient présente un cas de figure
différent. Ce résultat ne s’évalue véritablement que 6 mois après
l’intervention car la cornée kératocônique mise en tension par les
anneaux met longtemps à se stabiliser. Ensuite, soit le résultat est
compatible avec une adaptation en lunette ou lentille satisfaisante,
soit le résultat est insuffisant et les anneaux seront simplement
retirés en même temps que sera réalisée une greffe de cornée.
Certaines
contre-indications sont à connaître :
-
Cicatrice dans la
zone centrale de la cornée.
-
Épaisseur cornéenne
de la moyenne périphérie insuffisante (< 450 microns).
-
Kératométrie moyenne
centrale excessive (> 55 Dioptries) = cornée trop bombée.
Depuis près de 10 ans de
développement, seules quelques rares complications ont été
décrites : invasion épithéliale, infection, extrusion des anneaux,
perforation cornéenne.
L’utilisation judicieuse
des anneaux intra-cornéens est utile à un stade avancé de
kératocône, elle permet souvent de retarder l’heure de la greffe de
cornée.
Les greffes de
cornée
Le principe de la
greffe de cornée est simple. Il s’agit
d’échanger la partie centrale de la cornée malade par la même partie
de la cornée saine d’un donneur décédé. Le prélèvement, la
conservation et la délivrance des greffons sont très strictement
codifiés. La greffe de cornée est un geste chirurgical à présent
bien maîtrisé. Les kératocônes représentent environ 1/3 des
indications de greffes de cornées. Seuls les patients dont l’acuité
visuelle est insuffisante avec des lentilles de contact sont
inscrits sur la liste d’attente pour un greffon cornéen.
La première étape est
l’inscription sur la liste des patients à greffer.
L’attente dépend du nombre de boutons cornéens prélevés et de la
demande pouvant varier considérablement d’un centre hospitalier à
l’autre. Une batterie de tests est réalisée sur le greffon et sur le
patient qui reçoit le greffon de façon à écarter le risque de
transmission de maladies infectieuses. Cette période de validation
est dite de quarantaine. Une fois l’inscription enregistrée, le
patient doit rester contactable car l’opportunité d’un greffon est
possible à tout moment. Une consultation en vue de l’anesthésie
générale est organisée et un document de consentement éclairé doit
être signé après explications par le chirurgien. En cas d’appel, le
délai de prise en charge est de quelques jours.
Le jour « J »,
le patient arrive à jeun. Le geste chirurgical est bien codifié. Il
dure entre 1 heure et 1h30 selon la technique. Une ou deux nuits
d’hospitalisation sont en général nécessaires. Un arrêt de travail
d’un mois est souvent prescrit. Un traitement antibiotique et
anti-inflammatoire est prescrit en collyres à dose dégressive pour
une durée de 3 à 12 mois selon la technique.
Il existe plusieurs
variantes chirurgicales : la greffe peut
remplacer toute l’épaisseur de la cornée soit garder la partie la
plus profonde.
On parle de greffe transfixiante lorsque toute l’épaisseur de la
cornée est remplacée, de greffe lamellaire antérieure lorsqu’il
s’agit uniquement de la partie externe de la cornée qui est greffée
et l’on parle de greffe pré-descemétique lorsque toute la cornée est
greffée sauf sa couche la plus profonde (membrane de Descemet +
couche endothéliale).
L’endothélium est un élément clé pour la greffe de
cornée car il assure la transparence du greffon grâce à un
contingent de cellules qui ne peuvent se renouveler. Si il est
altéré la cornée ne sera jamais transparente.
Anatomie de la cornée :
-
Epithélium au contact du film lacrymal
-
Membrane de Bowman, zone d’encrage de
l’épithélium
-
Stroma cornéen composé de plus de 300
lamelles de collagène empilées
-
Membrane de Descemet qui permet l’encrage
de l’endothélium
-
Endothélium, tourné vers l’intérieur de l’œil

L’avantage des
greffes lamellaires et pré-descemétiques
est qu’elles sont réalisées à globe fermé et donc avec un risque
infectieux bien moindre. De plus elles présentent moins de risque de
rejet car la partie endothéliale du patient n’est pas greffée. Un
dernier avantage est que la couche endothéliale, qui n’est pas
malade dans le kératocône, est préservée. Ce point assure une bien
plus grande longévité au greffon puisque lorsqu’il est greffé
l’endothélium présente environ deux à trois fois moins de cellules
que pour un œil du même âge. Cependant, les greffes lamellaires
antérieures donnent des résultats optiques peu satisfaisants et la
greffe pré-descemétique est très délicate à réaliser et est donc
encore peu pratiquée. La greffe transfixiante reste donc la modalité
de greffe la plus pratiquée.
C’est au chirurgien à choisir le
type de greffe le plus adapté,
pour chaque patient.
Comme pour toute chirurgie il
existes des risques opératoires
que le chirurgien doit faire connaître à son patient. Ils
sont assez faibles mais ils existent tout de même. Pendant la
chirurgie, le centrage de la découpe est un moment clé car il va
influencer la qualité de la vision. Le greffon d’un diamètre moyen
de 8 mm est suturé minutieusement par 16 points de sutures séparés
non-résorbables ou par un surjet unique dont la force est à doser
avec soin.

Les risques
post-opératoires
sont nombreux mais bien maîtrisés. Immédiatement après la greffe, il
peut y avoir un défaut d’étanchéité nécessitant la repose d’un
point. Pour les greffes pré-descemétiques, un défaut d’adhésion de
l’endothélium au greffon peut nécessiter l’injection d’une bulle
d’air. La cicatrisation de la surface oculaire (repousse de
l’épithélium) se fait en quelques jours mais peut être retardée.
Le suivi post-opératoire
est ensuite prévu presque
tous les mois pendant 6 à 12 mois puis il est espacé régulièrement.
La durée de vie du greffon dépend du risque de rejet de greffe, de
la qualité initiale du greffon (densité de cellules), des
complications inflammatoires et tensionnelles possibles. Le risque
de rejet de greffe est d’autant plus grand que l’endothélium est
greffé, que le sujet est jeune et que la greffe est de grand
diamètre. Il est maximum la première année mais existe toute la vie.
Pris à temps, un rejet de greffe peut être inhibé par des perfusions
de cortisone à forte dose durant 3 jours. Pris trop tard il implique
une nouvelle greffe. En moyenne un greffon transfixiant dure 20 à 30
ans. Il patient greffé très jeune peut donc avoir besoin de deux ou
trois greffes par œil dans sa vie. Certaines complications sont à
connaître suite à la greffe de cornée : la cataracte peut être
induite par le stress chirurgical et par la prise prolongée de
collyre à la cortisone, elle induit une baisse de vision que seule
la chirurgie peut résoudre. Un glaucome secondaire lié aux mêmes
paramètres peut survenir. Un traitement adapté par collyres, la
diminution de la cortisone et éventuellement une chirurgie du
glaucome permettent de stabiliser la situation. La méthode de greffe
pré-descemétique réduit les risques de cataracte et de glaucome car
c’est une chirurgie à œil fermé et car la corticothérapie est très
courte.
Si les deux yeux sont à greffer,
l’opération du deuxième œil n’est théoriquement possible qu’un an
après celle du premier. Il en est de même en cas de rejet de greffe.
Les résultats visuels
sont globalement bons (en moyenne 5/10) mais la rapidité de
réhabilitation visuelle lente. Il faut compter 3 mois avant de
retrouver une cornée transparente et 4 à 6 mois avant de pouvoir
débuter l’ablation sélective des points de suture. Cette étape
permet d’ajuster l’astigmatisme et d’équiper le sujet soit en verre
de lunettes soit en lentille de contact à nouveau. Il existe
quelques rares cas de récidives de kératocône sur le greffon
Globalement, les résultats de la
greffe de cornée sont très satisfaisants pour le kératocône
et permettent une bonne qualité de vie aux patients au prix
cependant d’une surveillance rigoureuse. |